Souviens-toi enfant, quel parent t’imaginais-tu être ?
Quand j’étais enfant, je disais à ma mère que je voulais être la même maman qu’elle. Je lui disais que nous, ses 5 enfants, étions sages et polis, c’est donc qu’elle nous avait bien élevés. Et je le pensais…

Quel parent es tu aujourd’hui ?
C’est drôle, parce qu’ aujourd’hui devenir comme elle m’angoisse ! Je pense, j’espère, en être l’opposée.

Comment s’est passée ton enfance ?
J’ai beaucoup de mal à expliquer comment je me sentais enfant. J’ai de bons souvenirs : les farces avec mes frères, Halloween avec ma soeur, les vacances avec mon papa, la ferme de mon grand-père… Pourtant il y avait quelque chose. La peur peut-être. Je me souviens des crises de colère de ma mère, parfois pour des choses futiles… Comme oublier d’apporter sa cuillère en lui servant son café ou ne pas oser la réveiller (par peur de se faire disputer) pour aller à l’école. Bien que je sois incapable de me remémorer les raisons, je me souviens la honte que je ressentais quand elle me fessais avec la main ou la cuillère en bois. Je me souviens des repas. Ces longs repas où j’étais forcée de rester à table à finir mon assiette quand je n’aimais pas ou n’avais pas faim. Cette phrase entendue tant de fois que je ne la supporte plus : ” Tais-toi et mange “. Ces repas reportés jusqu’à ce que l’assiette soit finie. Parce que je vous le jure, ça marque quand après une longue promenade hivernale, tout le monde boit son chocolat chaud tant envié et toi … Ben toi tu manges ta poêlée de légumes surgelés que tu rejetais déjà le midi. Mais j’ai jamais aimé les légumes surgelés !
En bref, je n’étais pas une enfant malheureuse, puis après tout elle nous répétait tellement tout ce qu’elle faisait pour nous que nous nous sentions reconnaissants.

Comment s’est passée ton adolescence ?
L’adolescence… Jusqu’à la deuxième année de lycée, ma vie ne tournait qu’autour des cours. Bonne élève, j’avais quitté le collège avec une moyenne excellente. Un seul vrai conflit à 14 ans parce que je voyais le plus grand de mes frères et mon neveu en cachette alors qu’elle nous interdisait tout contact avec lui. Puis jusqu’à 17 ans j’étais une adolescente qui ne posait pas de problèmes.

As-tu un souvenir qui t’a blessé étant enfant ?
Nous avons eu des rapports très conflictuels, elle ne m’écoutait pas, me rabaissait, m’insultait. Jusqu’à ce qu’un soir en rentrant du lycée elle m’envoie les sacs poubelles a la figure en me disant de faire mes affaires pour partir vivre chez mon père. De là, j’ai commencé à fumer, à prendre de la drogue (plusieurs joints par jour et drogues diverses en soirée) et à boire parfois seule, souvent en fête où j’allais souvent, qui des fois duraient 3 jours et où l’alcool coulait à flot. Ben oui ! Je n’avais plus à avoir peur d’elle, des conséquences et je voulais montrer que je pouvais faire tout ce qu’elle m’interdisait si je le voulais, qu’elle n’avait plus le contrôle. Une crise d’indépendance.

Ce souvenir a-t-il des conséquences dans ta vie d’adulte ?
Heureusement, tout ça n’a duré que quelques mois. Mais quand même, des choses en moi étaient brisées (et le sont encore). J’ai arrêté le lycée avant même de passer le baccalauréat malgré mes capacités, je n’ai aucune confiance en moi à force d’avoir entendu que je ne valais rien. Je passe parfois des semaines sans avoir le moindre appétit, à devoir me forcer pour avoir un repas au moins tous les 3 jours et d’autres à manger, toute la journée, 4 vrais repas par jour en plus des grignotages incessants. J’ai un besoin d’indépendance incompatible avec mon besoin d’attachement, ce qui est parfois compliqué à gérer et donne une situation amoureuse particulière.

Penses tu que ton éducation a fait de toi le parent que tu es devenu ?
Mais tout ça, je n’en ai pris conscience qu’après être devenue maman. Encore en contact avec la mienne, nos rapports étaient depuis des années tantôt très complices tantôt très conflictuels.

As tu eu un déclic ? Si oui, lequel?
Par exemple : Une semaine avant la naissance de ma fille, nous nous sommes disputées 3 jours, avant qu’elle me menace de suicide et qu’on prenne nos distances. Elle a mis 3 jours avant de venir nous voir à la maternité. Après, nous devions nous voir 3 fois par semaine à sa convenance, annulant nos rendez-vous avec nos amis si elle l’avait décidé. Jusqu’à ce que ma fille soit hospitalisée durant 2 semaines. À notre retour, elle exigeait qu’on aille chez elle. J’ai essuyé des insultes et menaces parce que je lui disais que nous avions besoin de repos mais qu’elle pouvait bien sûr venir chez nous si elle le souhaitait. Ça a duré 6 jours. Au bout de 6 jours, elle s’est garée en bas de chez nous, ameutant tout le quartier avec son klaxon et exigeant de voir notre fille qui dormait. J’ai été insultée de tous les noms, mon conjoint l’a été, et elle a décidé de agripper (et m’arracher) les cheveux après que j’aie évité plusieurs fois ses gifles. C’a été le déclic. C’était fini. Cette personne n’était pas, plus, ma mère. Je ne voulais plus subir ça, je ne voulais plus être le pantin qu’elle contrôlait à sa guise. J’ai demandé des excuses que je n’ai jamais eues et nous avons coupés les ponts après qu’elle m’ait prévenue de son intention d’entreprendre des démarches auprès de la juge aux affaires familiales. Avec le temps, j’ai ouvert les yeux sur elle, sur notre enfance à tous les cinq et les conséquences que ça a sur les adultes que nous sommes tous maintenant. Et encore, je peux m’estimer heureuse, je ne suis pas la pire de la fratrie. Je ne veux pas être comme ça ! Je veux donner les clefs à ma fille pour qu’elle soit heureuse, sûre d’elle et qu’elle n’ait pas besoin d’une thérapie pour reconstruire tout ce que sa mère a détruit.

En devenant parent, y a-t-il un conseil que tu aurais apprécié ? (on parle d’un vrai conseil, pas de celui de tata Huguette^^)
Je crois que le conseil que j’aurais apprécié recevoir en devenant parent c’est : Écoute ton cœur, écoute ton enfant, écoute vraiment pas simplement d’une oreille. Ignore les conseils qui te disent qu’il te manipule et se fiche de toi mais apprends plutôt son langage. Simplement, mets toi au niveau de ton enfant, tu verras la pureté de son cœur et tu sauras quoi faire.

Pour terminer, indique, si tu le souhaites, une brève présentation
C. 21 ans, Franche-Comté, Mère au foyer

 

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