Comme un heureux hasard du calendrier, j’ai découvert que la journée nationale des assistantes maternelles tombait en même temps que celle de l’Homme … Je me suis donc dit : et si en cette journée spéciale on donnait la parole aux hommes assistants maternels ??? A une heure où on parle de plus en plus de l’égalité homme / femme et de l’implication grandissante des pères dans l’éducation des enfants dès le plus jeune âge (on parle même maintenant d’allonger le congé de paternité !!!! Youhoooooo), la parole est aujourd’hui donnée à des « Messieurs nounous » !

La rédaction de cet article a néanmoins été un peu compliquée car malgré un appel aux témoignages assez massif via les réseaux sociaux et les canaux spécialisés dans la petite enfance, je n’ai récolté « que » 3 témoignages … Mais quoi d’étonnant quand on sait que plus de 99.5% des nounous sont des femmes ?  La parole est donc à Mehdi, David et Eric qui se sont prêtés au jeu de l’interview !

S’occuper des enfants, un métier à part entière !

Les assistantes maternelles dans l’ensemble le revendiquent souvent : oui c’est un vrai métier et non, il ne s’adresse pas uniquement aux personnes qui n’ont pas fait de grandes études et qui aiment s’occuper des enfants ! Et le parcours de nos trois Messieurs Nounou en est bien la preuve : âgés de 35 à 41 ans, ces messieurs sont titulaires notamment d’un BTS comptable pour Mehdi et d’un BTS en électrotechnique pour Eric … David, quant à lui, a travaillé en tant qu’animateur pendant près de 15 ans (il est donc à la base un vrai pro de la prise en charge des enfants !). Ils se sont tous les 3 lancés dans cette nouvelle aventure professionnelle en 2015 ou 2016.

Pour devenir assistant maternel, il faut obtenir un agrément de la part du conseil départemental … mais il faut aussi et surtout, par la suite, trouver des parents employeurs ! Et nos 3 Super nounous n’ont pas le même vécu à ce sujet. Si du côté de David, il est facile de convaincre les parents éventuellement réticents compte-tenu de son expérience professionnelle et si, pour Eric qui travaille avec sa compagne les choses sont aussi plus simples car « les parents employeurs trouvent que nous nous complétons lors des accueils », Mehdi quant à lui concède que le fait d’être un homme peut être un frein pour certains parents : « beaucoup de gens ne confieraient jamais leurs enfants à un homme car c’est quelque chose “de louche” dans leur esprit ».

 

Mais comment, en tant qu’homme, décide-t-on un jour de tout plaquer pour devenir assistant maternel ?

Pour Mehdi, c’est un peu le fruit du hasard. Une première expérience peu convaincante avec une assistante maternelle, une épouse épanouie dans son travail qui ne souhaite pas forcément tout mettre entre parenthèses pour se consacrer à temps plein à ses enfants … « Notre premier enfant était chez une ass mat car moi comme ma femme avions des emplois de bureau. Elle était gentille mais peut être plus tout à fait en forme pour ce job. Ainsi les activités étaient rares, bien que nous ne soyons pas hyper exigeants en la matière et pas mal de promesses n’avaient pas été tenues (Sorties, etc…). Aussi elle ne tenait plus à remplir le « cahier de vie » que nous lui avions fourni, histoire d’avoir une idée de ce qu’il se passait la journée. Je n’ai pas apprécié, du tout, d’autant plus qu’elle parlait de plus en plus de sa retraite, sa retraite, sa retraite.. Bref, je ne sentais plus la motivation.. Alors, une fois le 2ème enfant « en route », nous sommes partis. Honnêtement je pense, sans esclandres et sans oublier un centime. Etant donné les difficultés d’alors à trouver un mode de garde qui nous convenait, la question du congé parental s’est posée. Ma femme était épanouie dans son job, pas moi. J’ai donc tenté ma chance en me disant qu’au bout de 6 mois j’aviserais. Et les choses se sont enchaînées ! ».  Et il ne regrette pas ce choix : Mehdi est un professionnel EPANOUI : « c’est formidable d’avoir le sentiment de faire quelque chose d’utile ! On collabore à l’éveil d’une personne fragile et passionnante. On rencontre aussi des gens, souvent intéressants et ouverts d’esprit… Du moins, il le faut pour signer avec un gros type parfois barbu qui se présente comme nounou. »

 Concernant David, c’est un peu plus une suite logique des choses… Travaillant auprès des enfants depuis 2001, il a fait le choix de s’occuper de ses propres enfants pour ne pas « plomber » le budget familial et pour permettre à son épouse de s’épanouir professionnellement avec une activité libérale. « Ma femme qui est kiné s’est installée en libéral après 15 ans de salariat, continuer d’être animateur serait revenu pour moi à travailler pour payer la garde de mes enfants, il fallait donc que je trouve un travail avec d’autres horaires plus compatibles avec la vie de famille. Assistant maternel est apparu rapidement comme une évidence, cela me permettait d’être présent à la maison pour mes enfants tout en continuer à faire un métier que j’aime avec en prime un nouveau défi, une nouvelle approche de l’enfance et de l’éducation ».

Quant à Eric, c’est grâce à compagne elle-même assistante maternelle depuis 2011, qu’il a choisi de sauter le pas. En couple, ils ont ainsi ouvert en Moselle (à Diebling plus exactement) la Maison d’Assistants Maternels (MAM) «Pirouette des Bambins » en juin 2018. Ils sont épanouis dans cette activité professionnelle commune qui leur permet de partager (aussi) de beaux moments avec les enfants dont ils s’occupent. L’entourage n’a néanmoins pas forcément été très soutenant dans un premier temps quand Eric a fait ce choix car … « c’est un travail de femme ! ».

 

Et demain ?

Ainsi, c’est un peu un mélange d’opportunité et de nécessité qui a conduit ces messieurs à opter pour le métier d’assistante maternelle. Mais se voient-ils pratiquer ce métier sur le long terme ?

Pour Eric qui vient d’ouvrir une MAM avec sa compagne, c’est une évidence. « Depuis l’ouverture de notre MAM (5 mois environ), nous sommes pratiquement complet et le regard des parents a évolué. Ces derniers apprécient la présence d’un homme pour notre complémentarité justement. De plus, des collègues et certaines familles remarquent que notre MAM est plus calme et posée que dans d’autres MAM où sont présentes que des femmes. »

Mehdi quant à lui est un peu plus inquiet car il partage la crainte que de nombreuses assistantes maternelles évoquent à présent : la multiplication des lieux d’accueil collectifs qui « menacent » l’activité « traditionnelle » de la garde d’enfants à domicile. « Tout semble fait actuellement pour “tuer” l’accueil individuel au profit des collectivités. Je ne sais pas si on en sortira à l’heure actuelle, ni si dans 5 ans je pourrais toujours faire ça. ».

Quant à David, il ne fait aucun doute qu’un jour il franchira une nouvelle étape, même si pour le moment la situation lui convient : « si un jour j’ai l’impression d’avoir fait le tour de ce métier, la formation professionnelle me fait de l’œil depuis un petit bout de temps… »

Miel Citron remercie donc encore ces messieurs pour leur contribution pour cet article mais aussi pour leur engagement auprès des enfants, dans un contexte pas toujours facile… BONNE(S) FETE(S) Messieurs !!!! 

 

(ex) Assistante sociale devenue une mumpreneuse convaincue