Souviens-toi enfant, quel parent t’imaginais-tu être ?

Enfant, je ne m’imaginais pas parent. Je ne suis même pas sûre que je m’imaginais enfant. Je m’imaginais surtout partie.

Quel parent es tu aujourd’hui ?

Disons que si j’arrive à faire de mon enfant un adulte confiant, heureux et à peu près libre dans son cœur et son esprit, je considérerais que je me serais bien débrouillée.

Comment s’est passée ton enfance ?

Mal. Entre violence et humiliation. Dépressive vers 5-6 ans. J’avais le tort d’être une fille et d’être l’aînée. J’ai été victime des émotions mal vécues par ma mère enfant et de la violence de son père, mon grand-père. C’est une femme profondément malade et dangereuse, maladivement vénale aussi. Heureusement qu’elle n’est pas intelligente. Comme la plupart du temps je l’encombrais, j’ai passé tous mes temps libres chez ses parents. J’ai donc été élevée, en grande partie, par eux. Cela m’a certainement sauvé la vie, et en même temps, je dois aussi me guérir d’eux, surtout de ma grand-mère. Je ne subissais pas de violence physique avec eux (sauf deux fois, entre 14 et 16 ans), mais un modelage intellectuel. Il fallait que je corresponde à leurs attentes. Du moins, c’est ainsi que je l’ai vécu et souffert. De leur côté, j’avais aussi un défaut : celui d’être métisse. Et avec tout ça, j’étais brillante à l’école, toujours première de classe. L’arrivée de mes bulletins de notes était le seul moment où ma mère se glorifiait de moi.

Comment s’est passée ton adolescence ?

Entre mal-être, dépression, justice, règlement de compte familial… L’enfer. J’ai quitté l’appartement de la madre après qu’elle ait essayé de me casser la tête contre un mur. J’ai atterri chez mes grand-parents qui m’ont recueilli. L’année suivante, ma mère était déchue de ses droits parentaux. Là, mes grand-parents ont cherché le bouton “reset” pour me conformer à leur image. À 16 ans, la situation étant intenable, je suis partie vivre chez mon oncle et sa femme de l’époque. Là aussi, il fallait que je me comporte d’une certaine manière. Je suis de nouveau partie ; à 17 ans, j’ai été, en quelque sorte “émancipée”.

As-tu un souvenir qui t’a blessé étant enfant ?

Trop ! Et en même temps, d’énormes trous de mémoire. Un exemple chez ma mère : le jour où mon frère de 8 ans mon cadet a décidé de me frapper avec un de mes livres de contes et que je n’ai pas eu le droit de me défendre sous peine de recevoir des coups supplémentaires.

Ce souvenir a-t-il des conséquences dans ta vie d’adulte ?

Celui-là comme tous les autres ont fait de moi une personne ambivalente. Ma façon de m’exprimer laisse penser que je suis très (trop) sûre de moi — ce qui fait que j’ai un très mauvais relationnel — alors que je n’ai aucune confiance en moi et que je suis très vite déstabilisée. Peu de confiance en moi, peu d’estime, je suis assez sauvage.

Penses tu que ton éducation a fait de toi le parent que tu es devenu ?

Totalement. J’ai commencé à voir des psy à 13 ans. Je n’ai jamais cessé de travailler sur moi, en quête d’équilibre et de bonheur, ce qui m’a permis de dépasser ma dépression. Les différentes rencontres ont participé à mon mode de vie et de voir la vie et à mon choix de bienveillance avec mon enfant.

As tu eu un déclic ? Si oui, lequel?

Après une tentative de suicide. Je me suis retrouvée dans un hôpital psychiatrique où j’ai beaucoup observé les malades. J’avais la chance d’être suffisamment saine pour refuser leur traitement et garder l’esprit clair. J’ai réalisé que la frontière entre la névrose et la maladie était ténue. J’ai aussi réalisée que c’était mon dernier tour pour sortir de mon enfer personnel. Deux ans après, je sortais de la dépression. Cela fait 10 ans.

En devenant parent, y a-t-il un conseil que tu aurais apprécié ? (on parle d’un vrai conseil, pas de celui de tata Huguette^^)

Prend garde à ta part d’ombre et ne baisse pas la garde.

Pour terminer, indique, si tu le souhaites, une brève présentation

41 ans, maman solo d’1 enfant de 28 mois, sur le chemin de la bienveillance.
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