Souviens-toi enfant, quel parent t’imaginais-tu être ?

Avant d’avoir des enfants, j’étais persuadée que je les élèverais comme mes parents nous avaient élevé car ils nous avaient donné une bonne éducation : stricte et efficace.

 

Quel parent es tu aujourd’hui ?

Aujourd’hui avec mes enfants je suis à l’écoute de leurs besoins, informée sur les neurosciences, au fait de leur développement et de leurs capacités. Je veux qu’ils se sentent aimés inconditionnellement et qu’ils soient libres de leurs choix, de leurs décisions. Je cherche à être à leurs côtés, disponible, à l’écoute et à profiter vraiment de chaque instant passé auprès d’eux sans que cela ne soit pollué par de la violence, de la manipulation ou autre.

 

Comment s’est passée ton enfance ?

J’étais une enfant imaginative et pleine d’énergie élevée à coups de martinet, tirage de cheveux, gifles et fessées ainsi que menaces et chantage en tout genre. On ne m’a jamais dit un “je t’aime” ou un mot d’affection. J’ai grandi avec la certitude d’être un poids pour mes parents. Les repas étaient une torture : je devais tout manger, on me forçait à ouvrir la bouche pour me mettre les aliments dedans et on me les enfonçait dans la gorge. Si je n’ouvrais pas la bouche, on me bouchait le nez. Si je ne finissais pas par tout avaler, on me le ressortait au goûter, le soir etc… Voir mes frères et sœurs se faire frapper était aussi douloureux que quand j’étais celle concernée.

 

Comment s’est passée ton adolescence ?

Ado, je me suis mise à haïr mes parents. Quand mon père me frappait je lui hurlais : “Vas y cogne moi plus fort que je meurs, qu’on en finisse!” ou au contraire “je m’en fiche tu peux frapper ça me fait plus rien, je te détesterais juste encore plus fort” Je n’avais qu’une idée en tête : Fuir la maison. Aller vivre en internat, travailler rapidement, n’importe quoi mais filer etc… J’ai compté les jours jusqu’à mes 18 ans et là je me suis démenée pour obtenir une chambre étudiante et partir enfin…

 

As-tu un souvenir qui t’a blessé étant enfant ?

Je crois qu’aujourd’hui encore plus fort que les coups, ce qui m’a le plus blessé, c’est l’absence d’amour. Je me souviens de mes nuits d’enfance ou je pleurais dans mon lit en pensant aux enfants qui étaient accueillis par des gestes d’affections à la sortie de l’école. Un jour, en classe, la maîtresse avait demandé à chacun quel était son petit surnom d’amour donné par leurs parents (pour créer quelque chose, je ne sais plus quoi) et moi il y avait juste mon prénom. Je rêvais qu’on me dise “ma chérie”, “ma puce” ou autre…

 

Ce souvenir a-t-il des conséquences dans ta vie d’adulte ?

Un énorme manque de confiance en moi, une incapacité à refuser, dire non ou imposer quelque chose. Une terrible jalousie maladive dans le couple. Ne jamais croire que l’autre en face puisse vraiment m’aimer. Le sentiment de ne jamais être à la hauteur, ne jamais rien oser faire. Aussi, lorsque j’ai été amoureuse pour la première fois à 17 ans et que je me suis sentie aimée pour la première fois, c’était tellement grisant pour moi que je suis allée dans les excès : j’ai étouffé la personne sous le poids de mon amour, lui faisant porter la responsabilité de mon bonheur et ayant des crises de terreur à l’idée que cette relation s’arrête. peur de l’abandon.

 

Penses tu que ton éducation a fait de toi le parent que tu es devenu ?

Oui car je n’ai pas oublié mon enfance, j’ai beaucoup d’événements précis en mémoire et je me souviens de cette peur paralysante par exemple quand mes parents me disaient “tu verras ce soir…” Toute la journée, j’étais mal avec cette boule au ventre qui grossissait qui grossissait dans l’attente des coups…Bref, je sais très bien ce que je ne veux faire vivre à mes enfants en aucun cas!

 

As tu eu un déclic ? Si oui, lequel?

Cependant, passé l’adolescence et avant la naissance de mes enfants je pensais encore que mes parents avait bien fait.
Je leur reprochais juste quelques excès. J’étais complètement dans le déni et disait que c’est ce qu’il me fallait car je ne “tenais pas en place” (phrase qui m’a été rabâchée toute mon enfance). Je disais les même chose qu’on entend tout le temps, les lieux communs comme “une bonne fessée n’a jamais tué personne”, “dès fois ça remet les idées en place” “si on veut des enfants bien élevés, c’est ce qu’il faut “etc… Le déclic : la naissance de mon enfant, quand je l’ai eu dans les bras je me suis mise à réfléchir : comment pourrais je lever un jour la main sur elle ? A partir de quand ça semble normal, nécessaire à l’éducation? etc…A partir de là j’ai tout remis en question.

 

En devenant parent, y a-t-il un conseil que tu aurais apprécié ? (on parle d’un vrai conseil, pas de celui de tata Huguette^^)

J’aurais aimé qu’on me dise que même si j’avais décidé d’élever mes enfants sans violence ça n’allait pas être toujours facile pour moi. Voir même très dur de lutter contre les automatismes en nous malgré nous. Qu’on me prévienne que mon passé allait vouloir me submerger, que je me sentirais envahie etc… J’aurais aimé pouvoir régler des choses de mon passé avant afin d’être plus sereine, mieux renseignée par la suite avec mes enfants.

 

Pour terminer, indique, si tu le souhaites, une brève présentation

Marine, 34 ans

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