Longtemps, j’ai essayé de faire entrer une étoile dans un carré. Vous savez, ces jeux d’encastrement qui occupent les petits poussins pendant un temps infini ? Eh bien, j’essayais d’entrer dans un cadre qui ne me convenait pas du tout. À croire qu’on n’en finit jamais de revenir aux mêmes problématiques.

Mes valeurs sont extrêmement importantes pour moi. Tout comme le faire plaisir. Vous la voyez, la contradiction ? Ça m’a joué énormément de tours dans mon travail. Mon début de carrière dans les RH, où j’étais attachée à la notion « humaines » (j’aime très fort les êtres humains), alors que le mot-clé est la plupart du temps « ressources ». Puis quand j’ai créé ma première entreprise. J’aimais ce que je faisais, la traduction, mais je ne parvenais que rarement à y rattacher la notion d’humain comme je voulais, quand par chance mon sujet s’y prêtait. Pas la bonne activité.

En devenant maman, même chose. L’humain au centre à nouveau, plus que jamais : la parentalité bienveillante et positive, option bio, allaitement et écharpe de portage. Ce qui dépassait complètement les grands-parents, les vieux pédiatres, certains amis, qui y allaient tous de leurs conseils bien intentionnés face à mes galères de jeune maman, voire quand je n’étais pas en galère, mais que je ne faisais pas « comme il faut ». Et je me sentais super mal, autant d’essayer leurs conseils que je ne sentais pas que de les mettre de côté.

Puis, de gré ou de force, j’ai grandi. Je suis devenue un peu plus moi. Je n’essaie plus, ou j’essaie moins, de me transformer en carré pour entrer dans le trou carré. Je ne pense pas que ça empêche mon entourage de dormir, d’ailleurs. Tout au plus, ça les déconcerte. Un peu.

[Tweet “Je n’essaie plus, ou j’essaie moins, de me transformer en carré pour entrer dans le trou carré”]

Pourquoi, finalement, essayer de nous conformer à ce qui ne nous convient pas, alors qu’il y a tellement d’autres options qui nous conviennent mieux ? Parce que le tableau soi-disant idyllique du papa et de la maman en CDI, avec leurs 2,01 enfants dans un pavillon de banlieue qu’ils paient sur 30 ans, ce n’est peut-être pas du tout votre came. Ce n’est pas la mienne, en tout cas. Mais j’ai essayé de m’y conformer pendant un moment, du moins en partie. Et pourquoi ? Par amour pour ceux que j’aime. Tout simplement.

Oui, mais, et l’amour de moi, dans tout ça ? Qui s’en occupe, dans l’histoire ? À qui cela tient-il le plus à cœur ? Surtout, qui, mieux que moi, peut savoir ce qui est bon pour moi, pour cette constellation particulière de cellules, à cet instant particulier ? Déjà que moi, par moments, je ne sais pas…

Alors je me remets au centre de mon univers. J’essaie de faire mes choix par amour de moi. Pas toujours facile, je n’ai jamais appris. Mais j’aime cet apprentissage. Je n’ai jamais rien vécu de plus gratifiant et épanouissant.

Et puis, faire passer les priorités des autres avant les miennes, me conformer à un modèle qui ne me convient pas parce que « c’est ce qui se fait », qu’est-ce que ça apprend à mon fils ? Qu’il faut qu’il essaie de combler le moindre de mes désirs à moi, au détriment des siens ? Que je détiens la science infuse (c’te bonne blague), et que lui ne sait rien ? Que je sais mieux que lui ce qui est bon pour lui ? Oh non, certainement pas. Pour l’instant, il a 5 ans, alors oui, je suis plus éclairée sur certains points. Mais pas sur tous.

Surtout, je ce que je souhaite pour lui, c’est qu’il devienne un adulte qui s’estime et s’aime sincèrement, et qui fait ce qu’il juge bon pour lui. Que ce soit le CDI et les 2,01 enfants, ou vivre de son art en peignant des fresques des Transformers dans toutes les capitales du monde. (Même si à titre personnel, j’espère que ce centre d’intérêt particulier évoluera. Parce que je ne sais pas très bien faire semblant que quelque chose m’intéresse quand ce n’est pas le cas.)

Les jours où je doute, où je me dis que peut-être, finalement, je devrais encore essayer d’entrer dans un carré, je pense à lui. Ce qui est bon pour lui, aujourd’hui, c’est de me voir en accord avec moi-même. Ce n’est pas égoïste. Juste salutaire. Parce que jamais je ne réussirai à faire entrer une étoile dans un carré, et lui non plus. Alors, je m’arme de patience et d’une grosse dose de tendresse pour moi-même, et je cherche le trou en forme d’étoile.