Sans doute vous êtes vous déjà posé cette question, ou bien vous vous la poserez un jour. Pour ma part il y a deux moments auxquels je me suis ainsi questionné

  • lorsque mes enfants sont arrivés en âge de commencer la musique
  • et plus tard lorsqu’ils ont commencé à rechigner et qu’ils semblaient vouloir arrêter

Pour vous aider à apporter une réponse, je vous invite à lire ci-dessous le point de vue d’Isabelle Perets, auteure du livre « Apprendre la musique, nouvelle des neuroscience » paru en 2018 aux éditions Odile Jacob.

Isabelle PERETZ  est titulaire d’une chaire de recherche en neurocognition de la musique à l’Université de Montréal. 

Au cours des trois dernières décennies, elle a fait de Montréal la capitale mondiale de l’étude du cerveau musical. Membre de la Société royale du Canada, elle a obtenu de nombreux prix d’excellence pour ses travaux. Elle dirige depuis 2005 le Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son (BRAMS), qu’elle a également fondé .

 

Ce qu’apporte vraiment la musique à nos enfants

Le bébé et la musique

Nous sommes tous nés musiciens ! La musique n’est pas un mystère accessible aux seuls initiés. Mais pour la plupart des gens, cette connaissance est intuitive.

Les études montrent que notre cerveau serait « précablé » à la naissance : les bébés réagissent en effet très tôt (dès les premiers jours de leur vie) à la violation de règles de composition : règles harmoniques , règles de rythme, …
Ils ont une très grande sensibilité à la culture musicale environnante et apprennent très vite : l’enfant est un véritable expert musical dès 4 ans !
Et à 6-7 ans, l’enfant a développé des intuitions musicales comparables à celles d’un adulte non musicien de même culture (hauteur des notes, notes fausses, harmonie, mauvais rythme, …).

Notons que contrairement aux idées reçues, l’environnement sonore in utero ne prédispose pas l’enfant. Il naît avec un cerveau qui lui permet d’absorber toutes les musiques du monde. C’est son exposition ultérieure à son environnement sonore et musical qui va le spécialiser rapidement.

La compréhension de la musique précède largement son expression car celle-ci demande des fonctions motrices développées : le développement de la coordination motrice est en effet plus lent que celui du système cognitif.
L’enfant pourra donc par exemple « entendre » la pulsation sans pour autant bouger de manière synchronisée avec elle.

Le plaisir musical

La musique procure un plaisir sans égal, un bien être accessible et … inoffensif ! L’euphorie suscitée par la musique est liée à la sécrétion de dopamine dans le noyau acumbens (le siège du plaisir). La recherche du plaisir associé à la musique est ainsi probablement l’un des piliers de son apprentissage.

Faire de la musique développe beaucoup plus que la simple écoute,

car l’action implique d’anticiper des erreurs éventuelles.

L’éducation musicale est donc très importante car elle permet à l’enfant d’exprimer ses intuitions musicales, c’est à dire à exprimer par son corps ce qu’il a perçu.
C’est donc probablement à ce niveau, par la danse et le chant, qu’elle pourra prendre toute son importance.

Les études montrent clairement que pratiquer la musique accroît l’intelligence.
L’enfant qui s’engage dans une activité musicale se démarque en effet sur le plan scolaire, et se montre plus altruiste. Il ne suffit pas d’écouter la musique, mais il faut en faire … dès l’âge de 6 mois !
La pratique musicale favorise en effet les apprentissages scolaires en améliorant les fonctions « exécutives » c’est à dire certaines habiletés telles que la mémoire, la planification, la concentration, l’évacuation des mauvaises réponses , …

Cela opère donc aussi bien en mathématiques qu’en lecture et tout autre domaine.
Par exemple : le rythme est un facilitateur de l’acquisition de la lecture alphabétique.

La pratique avant 7 ans, c’est à dire avant la stabilisation des réseaux neuronaux, facilite grandement les apprentissages ultérieurs.
Et le maintien de la pratique jusqu’aux études secondaires (16-17 ans) montre un taux moyen de réussite des élèves plus élevé dans toutes les matières évaluées. (Alors que la pratique des arts plastiques par exemple ne donne pas ces résultats)

L’auteure insiste sur le fait qu’il est judicieux de faire de la musique « en plus » et pas « à la place » des activités scolaires : les étudiants en musique n’ont en effet pas de résultats supérieurs aux étudiants d’autres disciplines !

Sommes nous tous égaux pour apprendre ?

Jouer de la musique est une expérience multi-sensorielle.
C’est pourquoi comme pour toutes les autres activités motrices ou intellectuelles, nous ne sommes pas tous égaux dans son apprentissage.

On constate cependant que le nombre d’heures d’apprentissage prédit assez bien le niveau de réussite : les talents innés sont très rares
Les statistiques sont les suivantes : 95% de la population a une approche dite normale de la musique, 2,5% apprennent plus vite et sont doués, et 2,5% sont amusiques

Comment apprendre ?

Bouger sur de la musique est une envie irrépressible pour la plupart des gens, nous sommes entraînés par la pulsation

Jouer et chanter ensemble créé un lien social, renforce la cohésion et l’altruisme.
On constate que la pratique du chant choral, appelée par l’auteure « grande caresse collective » est une pratique qui secrète beaucoup d’endorphine et que le plaisir est d’autant plus intense que la chorale est grande (sentiment d’appartenance).
L’apprentissage en groupe serait donc bénéfique.

Il n’y a pas d’âge pour apprendre : même a plus de 70 ans l’apprentissage améliore l’humeur, l’attention, la planification, .. cela freine et retarde le déclin cognitif plus que d’autres activités comme le sport, l’informatique, la peinture, ..

L’apprentissage est optimal lorsque une relation humaine est présente.
L’imitation joue en effet un rôle fondamental, même si elle est une habileté complexe ; elle est plus rapide que l’exploration individuelle ou virtuelle.

L’enseignement a alors pour enjeu de rendre plus explicite ce qui est perçu et à défaire certains comportements innés : il accélère le processus

L’enseignant doit mobiliser trois éléments fondamentaux liés à un bon apprentissage  :

  • la curiosité : l’enseignant doit doser entre nouveauté et acquis
  • l’attention (qui est limitée) et nécessite de n’apprendre qu’une seule chose à la fois => l’enseignant doit guider vers ce qui est important pour l’apprenant à ce moment.
  • la consolidation qui demande notamment des alternances de phases de pratique et de sommeil
    Cela implique la nécessité de jouer souvent (tous les jours?) ou avec des moments entrecoupés de siestes car la consolidation est maximale pendant le sommeil.
    Ainsi, contrairement à ce que préconise certains enseignants, on constate que répéter longtemps en boucle n’est pas une bonne stratégie car elle ne fait pas appel à la consolidation : mieux vaut faire un peu chaque jour !

Conclusion : pourquoi apprendre la musique ?

L’auteur a montré dans son livre que l’engouement populaire pour l’éducation musicale a bien un fondement scientifique :

  • cela développe de manière importante les fonctions exécutives,
  • cela apporte du plaisir
  • et enfin, cela renforce les liens sociaux !

Elle rajoute également qu lorsque des enfants sont en difficulté (y compris les autistes) il est judicieux de les orienter vers une activité musicale.

Pour écouter Isabelle PERETZ, cliquez ICI   

Et en bonus, voici une petite vidéo pour illustrer cet article !

 

Cet article est écrit par Ghislain, animateur du blog : improviser-au-violon.fr  et du site internet musive.fr dédié à l’apprentissage musical à distance, notamment le rythme. 

L’auteur est intervenu de manière ponctuelle ou a souhaité conserver l’anonymat. Nous respectons son choix.