Souviens-toi enfant, quel parent t’imaginais-tu être ?

Quand j’étais enfant, je me disais que je laisserai plus de liberté à mes enfants pour qu’ils puissent choisir ou non de suivre les choix, les grands principes, les valeurs que j’aurai moi-même choisis.

Quel parent es tu aujourd’hui ?

Avec mes enfants, je cherche à être à l’écoute de leurs besoins tout en ayant conscience de mon influence consciente (conseils et suggestions) et inconsciente (attitude, jugement, etc.). Je souhaite leur bonheur mais j’accepte d’imaginer qu’ils puissent souffrir, se tromper, et bien sûr d’être séparés de moi. J’essaie de parler de tout avec eux et les encourage à développer leur esprit critique, à se questionner, à faire des expériences. Je veux être présente et leur offre de l’attention (tout en respectant mes propres limites). Je me laisse toucher par leur vécu sans me laisser envahir par leurs histoires.

Comment s’est passée ton enfance ?

J’ai eu une enfance heureuse, avec des parents aimants, soudés et encourageants. Par contre, on m’a imposé la religion catholique et le dogme qu’on doit adopter sans (trop) poser de question. Certains sujets étaient tabous (sexualité, notamment) et ce manque d’ouverture m’a rendue farouchement opposées à mes parents (pendant un temps) et à leur croyance. J’ai baptisé mes enfants par lâcheté, pour ne pas faire de vagues…

Comment s’est passée ton adolescence ?

Ado, je voulais partir de la maison et refusais le dialogue qui ramenait tout à Dieu et à la pratique religieuse. Je sentais une pression de ma mère notamment qui avait peur de mes projets de sorties ou de soirée, je me sentais étouffer, prisonnière. Je me suis révoltée mais mes sautes d’humeur étaient peu à peu étouffées par le quotidien cimenté dans notre vie familiale.

As-tu un souvenir qui t’a blessé étant enfant ?

Aucun souvenir d’acte en particulier ne me vient. Mais je repense avec désapprobation à cette obligation chaque dimanche d’aller aux offices religieux qu’on ne pouvait jamais remettre en question, qu’il fallait admettre avec une soumission qui me dérangeait profondément.

Ce souvenir a-t-il des conséquences dans ta vie d’adulte ?

Ce besoin de liberté, ce refus de la discipline me conduit souvent à des incohérences et à de l’instabilité. Ce besoin de remettre en question me rend suspicieuse et je dois aller vers un profond lâcher-prise pour trouver la paix.

Penses tu que ton éducation a fait de toi le parent que tu es devenu ?

Oui, bien sûr, en ne voulant pas reproduire ce modèle de discipline, je n’ai pas installé de valeurs fondatrices à mon foyer. J’ai transmis un message de doute constant et de jugement face aux normes établies. Et j’ai donc bien malgré moi transmis cette même intolérance et non-ouverture qui m’avait tant fait souffrir.

As tu eu un déclic ? Si oui, lequel?

Il aura fallu que je tombe (gravement) pour réaliser que l’essentiel ne réside pas dans mes opinions et dans l’énergie que je déploie à convaincre les autres mais dans la qualité de la relation à mes proches, au moment présent. J’ai alors compris qu’enfant j’avais souffert d’un manque d’écoute et de reconnaissance de ce que j’étais parce que mes parents cherchaient eux-aussi à convaincre. Face à la mort, j’ai compris que je pouvais m’offrir l’amour et la reconnaissance que je n’arrivais pas à recevoir des autres en étant plus bienveillante et moins exigeante envers moi-même. Et bien sûr, par ricochet, je peux ainsi (un peu) mieux les diffuser à mon entourage..

En devenant parent, y a-t-il un conseil que tu aurais apprécié ? (on parle d’un vrai conseil, pas de celui de tata Huguette^^)

Je crois que les conseils ne sont souvent que de la projection de nos propres peurs, en lien avec notre propre expérience de vie (peur que nos enfants se trompent, peur qu’ils souffrent, etc.). Avec du recul, ce ne sont pas de conseils dont j’aurais eu besoin mais de présence et d’écoute authentique, sans jugement, sans interprétation et surtout… sans conseil.

Pour terminer, indique, si tu le souhaites, une brève présentation

Claire, 47 ans, j’habite à Toulouse et j’ai 4 enfants (20, 19, 17 et 15 ans) d’un même homme avec qui je suis toujours mariée. 😉
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